Entrepôt automatisé : évitez les pièges

Pour augmenter la performance de votre entrepôt, la qualité de préparation de ses commandes ou réduire la pénibilité de vos opérateurs, automatiser peut sembler séduisant. Mais attention aux nombreux pièges qui vous attendent. Se faire accompagner par des experts qui ont déjà réalisé plusieurs projets d’automatisation permet de les déjouer et d’atteindre des objectifs réalistes. C’est ce que préconise François Rochet, Associé de DIAGMA, rompu à l’exercice…

Automatiser son entrepôt est dans l’air du temps et apparaît comme un progrès quasi inéluctable à terme face à la pénurie de main d’œuvre logistique ou à son vieillissement. De plus, les solutions sur le marché de mécanisation, robotisation et automatisation ne cessent de progresser. L’offre s’est diversifiée et étoffée : transtockeurs, trieurs, shuttle, mini load, AGV/ robots se déplaçant en 2 ou 3 dimensions, goods to man …. De sorte que les promesses d’améliorer la qualité de préparation, d’accélérer les cadences, de faire face aux pics d’activités, de réduire les surfaces de stockage, la pénibilité … semblent de plus en plus accessibles. N’est-il pas temps pour vous de sauter le pas ? Sans doute, mais de manière éclairée.

Des projets à R.O.I. de plus de 15 ans voire négatifs

« Je n’ai jamais vu un conférencier dire qu’il a complètement échoué dans son projet d’automatisation … », s’amusait récemment le Directeur des Opérations d’un célèbre groupe de cosmétiques. Pourtant, beaucoup de projets d’automatisation et de robotisation sont des échecs sur le plan économique, certains ayant des retours sur investissements (R.O.I.) de plus de 15 ans, voire négatifs, faute d’avoir suffisamment anticipé les contraintes et les surcoûts induits (ex : maintenance de l’installation, perte de flexibilité, etc.). A deux reprises, nous avons aussi rencontré des automatismes ne servant à rien. Voici donc quelques points de vigilance pour éviter des désillusions.

Attention à l’estimation du rendement de la future installation

Tout d’abord, le Taux de Rendement Synthétique (TRS) réel d’une installation automatisée est souvent inférieur à celui annoncé par les fournisseurs de solutions, qui parlent plutôt de cadences instantanées que de moyennes sur la durée. Dans la vraie vie, votre personnel va faire des pauses, des opérations de maintenance de premier niveau, changer d’équipes, subir des pannes … Ainsi, il est difficile d’estimer avec précision le rendement de sa future installation automatisée. D’expérience, nous recommandons de prendre des TRS de 60% par rapport aux cadences instantanées annoncées par les constructeurs pour obtenir des cadences réalistes. Et pour des installations à base de robots, il faut demander au fournisseur un taux d’engagement minimum de l’installation, 98% à 99% nous semblant un objectif crédible.

Attention au nombre de postes en goods to man

Quand on opte pour des préparations en goods to man (les marchandises arrivent au préparateur, lui évitant des déplacements pour aller les chercher), les postes de prélèvement sont coûteux. On va donc être tenté d’en limiter le nombre. Or, en période de pointe, là où l’on pourrait affecter 10 opérateurs de plus dans une préparation manuelle classique, en goods to man, on va être contraint par le nombre de postes de prélèvements. Ce point peut s’avérer bloquant en e-commerce, où l’exigence de qualité de service est très forte, y compris pendant les périodes de pointe, comme dans les activités à forte saisonnalité. Une solution peut être alors de jouer sur les temps de travail en passant par exemple de 2 à 3 équipes. Mais cela n’est pas toujours possible (ex : période de Noël, travail de nuit, etc.). En fait, la préoccupation principale que nous constatons est une recherche de cadence élevée mais la flexibilité en volume est aussi importante pour le taux de service.

Attention aux WCS

Un autre point d’attention porte sur le logiciel de pilotage de l’installation automatisée : le Warehouse Control System (WCS). Fourni par le fabricant du système automatisé, il peut s’avérer une boîte noire dont on découvre les contraintes a posteriori et ne pas être aussi souple à l’usage qu’envisagé lors de l’installation. A titre d’exemple, dans un système de préparation de commandes en goods to man, on peut s’apercevoir qu’on ne peut pas piloter de ruchers supérieurs à 10 commandes, ce qui multiplie d’autant les déplacements des robots amenant les produits.  Et c’est finalement cette contrainte qui va cadencer l’installation en devenant son goulet d’étranglement. Autre exemple, un trieur à sachet qui oblige à finir une vague avant d’en lancer une nouvelle : 2 postes sont alors coincés en attendant que le 3ème termine sa tâche.

Un seuil minimal pour faire fonctionner une installation automatisée

Un système automatisé impacte également la main d’œuvre de l’entrepôt à plus d’un titre. S’il est destiné à réduire les déplacements des opérateurs, il peut d’un autre côté augmenter leurs Troubles Musculosquelettiques (TMS) en cas de hautes cadences impliquant des gestes trop répétitifs. Il est donc préférable d’instaurer la polyvalence. De même, le personnel dédié à la maintenance de l’installation est souvent plus coûteux. Enfin, un nombre de personnes qualifiées minimum est requis pour faire fonctionner l’installation automatisée. Il faut donc s’assurer qu’elles soient bien présentes, en nombre suffisant en dépit des aléas (ex : climatiques, épidémies, vacances …) et que les capacités soient en phase avec le niveau d’activité.

Etudier le portefeuille de commandes

Une analyse du portefeuille de commandes est indispensable pour connaître la structure des commandes et la bonne réponse d’automatisation. Elle peut également s’avérer riche d’enseignements pour savoir où mettre le curseur entre la massification des flux et la réactivité / souplesse de l’installation. Par exemple, un système goods to man à base de navettes pourra être conçu pour prélever d’1 bac vers 2 à 4 autres, tandis qu’un système à base d’étagères mues par des robots pourra amener un rucher de 20 références pour les ventiler vers 100 commandes. Etudier la rotation des produits, leur volume et les leads times guide dans le choix optimal de ces solutions.

Envisager 3 scénarios

Vous l’aurez compris, il est primordial de veiller à toutes les contraintes susceptibles de limiter vos flux. Se faire accompagner pour éviter les pièges peut donc être d’une grande aide car c’est l’expérience de multiples projets qui fait la différence. Nous recommandons par ailleurs de partir du scénario existant pour envisager les améliorations et les chiffrer, avant toute automatisation, afin de mesurer si cette dernière est vraiment pertinente. Ainsi, vaut-il mieux changer de système d’information avant d’automatiser ? Il convient aussi d’envisager et de chiffrer des scénarios à la hausse et à la baisse. Que se passe-t-il si les volumes que j’ai estimés chutent de 20% ? Augmentent de 30 % ?

5 clefs de réussite

Résumons-nous en 5 points, pour réussir, il faut :

  1. Considérer que son activité est unique car croire qu’un système standard peut couvrir tous les cas est illusoire ;
  2. Face à un monde imprévisible, l’installation automatisée doit pouvoir évoluer et s’adapter à son nouveau contexte dans un échéance budgétaire raisonnable (1 à 2 ans maximum) ;
  3. Faire appel à des spécialistes pour ne pas se perdre dans les méandres de l’offre de solutions automatisées qui sont très différentes et envisager toutes leurs contraintes, ainsi que leurs interactions ;
  4. Se faire accompagner par des consultants aguerris qui ont accompagné de multiples projets (et pas 1 tous les 15 ans) pour garder de l’objectivité face au discours séduisant des fournisseurs ;
  5. Faire appel aux experts de DIAGMA qui se feront un plaisir de vous guider !


François Rochet, Associé DIAGMA
frochet@diagma.com
Tel : 06 12 45 66 51